C'est seulement quand nous vivons dans notre totalité, libres de tout but, de toute préférence et de tout choix, libres de l'ego, que peut s'épanouir la pleine expression de la vie.
Jean Klein
Photo : plage de condofuri (calabre-italie) septembre 2010
Dans une parfaite spontanéité , vous lachez prise . C'est l'ouverture ... Au fond , une véritable assimilation n'est pas pensée , prononcée , représentée : c'est la consomption totale de ce que vous n'etes pas dans ce que vous etes Tout est absorbé dans le " Je Suis " .
" La Méditation véritable , c'est réaliser que nous n'avons jamais eu le choix ... et finalement , réaliser que nous n'avons pas à méditer . Quand nous réalisons cela , nous prenons soudainement conscience de l'urgence de ne rien faire immédiatement "
Le silence ne cesse de parler. C'est un courant continuel qui n'est interrompu que par la parole. Les mots que je prononce font obstacle au langage muet.
Prenez par exemple le courant électrique dans un fil. S'il y a une résistance sur son passage, il brille dans le cas d'une lampe, ou tourne dans le cas d'un ventilateur. Dans le fil il demeure à l'état d'énergie électrique.
Il en est de même avec le silence qui est flux de langage, tandis que les mots sont des résistances.
Ce que l'on est pas capable de connaître, même après des années de conversations, peut-être appréhendé instantanément dans le silence, ou en face du silence.
... est le meilleur moyen de se rendre compte que nous ne nous trouvons pas dans l’état méditatif. Nous constatons alors que nous sommes habités par des réflexes profondément virulents, que nous voulons toujours atteindre quelque chose. Nous devons en prendre note pour réellement prendre conscience de notre agitation entre l’avoir et le devenir. Alors, peu à peu, des arrêts surviennent pour couper cette excitation».
Si nous observons avec détachement l'apparition et la disparition de tous les états que nous expérimentons, nous parvenons bientôt à appréhender que chaque état, chaque perception, chaque pensée sont réabsorbés dans une connaissance informulée, une connaissance qui est l'être. Ce continuum, seule réalité, est là avant que ne commence l'activité.
Immergez-vous dans cette tranquillité chaque fois qu'elle se fait sentir.
Le sel na pas besoin d'etre salé pour etre sel , il est salé . Le sucre est sucré naturellement . Le Soi se connait lui meme par lui meme directement , sans passer par aucun intérmédiaire .
Quelle serait, à votre avis, la voie la plus directe pour parvenir à la perception du divin?
« Par l'acceptation totale de l'absence de divin. Par la prise de conscience que tout votre fonctionnement est sans cesse refus, sans cesse ajournement. Par la prise de conscience que l'on vit uniquement dans la mémoire, que le corps vit sans cesse dans l'attraction-répulsion, dans la peur, qu'il y a sans cesse cette référence à soi-même. Cette vision de l'absence de Dieu est le premier reflet de la divinité.
Un homme se plaignait d'être privé de Dieu et Ma Ananda Mayi lui avait répondu : « Vous vous trouvez maintenant dans l'état où Dieu s'exprime par son absence ». C'est un reflet comme un autre : Dieu se reflète d'abord comme absence, ensuite comme présence et ensuite, si celui qui a perçu l'absence de Dieu puis la présence de Dieu a la grâce d'abdiquer totalement, il reste une évidence.
C'est cette totale obéissance dont a parlé Eckhart, cette totale acceptation, c'est ce Dieu qui est au-delà du dieu créateur et de la créature. Le dieu créateur est un dieu limité. Il y a quelque chose qui se trouve au-delà du dieu créateur, au-delà des créatures: c'est le vrai Dieu. Il n'a pas de forme. Il n'appartient à aucune religion et toutes les religions s'y réfèrent. C'est la lumière qui éclaire les états de veille, de rêve, de sommeil profond. »
Ce corps, Je le regarde, Je ne suis pas cela. Ce ressenti, Je le regarde, Je ne suis pas cela. Cette pensée, Je la regarde, Je ne suis pas cela. Ce regardeur, Je le regarde. Je ne suis pas cela. Pour la simple évidence, Que je suis le regard lui-même. Janaka dit : comment le regard pourrait-il se regarder lui-même ?
« Même si nous y travaillons très fort chaque jour, nous n’échapperons pas à la joie qui luit au cœur de l’instant, car elle est notre vraie nature. Ce que nous cherchons n’est pas un état. Ce n’est pas quelque chose à conserver. C’est ce qui est perçu clairement quand on n’a plus rien à conserver, à porter, à assurer. Il n’y a que maintenant et tout ce qui vous semble être autre, ailleurs ou plus tard est une histoire racontée par la pensée tributaire des images. Il n’y a rien à préparer, aucune stratégie à élaborer. Ce qui est donné au regard n’est pas quelque chose à éliminer pour se sentir mieux. Se préparer, c’est la peur. C’est le désir de sauvegarder quelque chose qu’on pourrait peut-être perdre demain. Si on peut perdre quelque chose demain, alors ce quelque chose n’est pas réel et ne mérite pas les soucis qu’on se fait pour lui. On ne peut pas perdre ce qui est réel. Pour vivre libre, quelle technique faut-il pratiquer? Les techniques, c’est la peur. On con?e sa vie à une technique, à une pratique, mais c’est généralement une stratégie égotique que de s’engager dans la pratique d’une technique. La seule pratique ici, c’est la vie claire, c’est vivre dans le ressenti, qui nous ramène immédiatement dans le cœur. »
CD audio : La vie n’est que constatation. 7 entretiens avec Jean Bouchart d’Orval d’une durée totale de 74 min. Des propos pris sur le vif, le jeu des questions et des réponses, mais surtout un silence assourdissant qui se profile à l'arrière-plan.
Il n’y a ni passé ni futur. Il n’y a que le présent. Hier était le présent quand vous en avez eu l’expérience, et il en sera de même demain. Ainsi l’expérience de ce qui est n’existe que dans l’instant. Au-delà de l’expérience dans l’instant rien n’existe.
Lorsqu'il est question de recherche spirituelle, les premiers mots qui nous viennent à l'esprit sont : méditation, ascèse, libération de l'emprise de l'ego ou encore conscience de soi. Ces mots résonnent ici comme des subterfuges nous éloignant inexorablement de ce que nous sommes.
Le "reste tranquille" de Ramana Maharshi retrouve enfin tout son sens.
Plus rien à chercher, plus rien à trouver, vous êtes ce que vous êtes avant même que vous ne le sachiez, avant même que vous ne commenciez à l'imaginer.
C'est le "avant" le "juste avant" de toute chose.
Franck Terreaux, accordeur de pianos, rencontra pendant son parcours intérieur deux personnes qui furent déterminantes : Jean Klein et Marigal. A paraître le 15 mai 2010, aux Éditions Antoni - l'Originel
Le silence se manifeste à nous lorsque nous sommes prêts à l'accueillir, non pas un silence vide de contenu, mais un silence plein de présence, celui qui se prolonge par le doux sourire de la sérénité.
Le désir de méditation est l'expression du silence. C'est la manière dont le silence se manifeste à la conscience d'un ego qui cherche à remonter vers la source de lui-même.
Tel un saumon qui est guidé par un instinct infaillible, l'attention se déplace depuis les objets de perception vers cela qui perçoit.
Cela qui perçoit ne peut être perçu.
L'abandon du saisir, l'abandon du vouloir, et l'abandon de l'avoir sont les signes que la compréhension s'installe que rien de ce que nous cherchons et désirons n'est en dehors de nous.
Ce mouvement de retour sur soi, tel le doigt d'un gant qui se retourne sur lui-même, est une assise : une assise dans ce qui n'a pas de forme, une assise dans ce qui n'a pas de corps, une assise dans cela qui voit, qui écoute et entend.
Le corps, lorsqu'il est écouté, se détend à la manière d'un enfant entouré par les bras de sa maman.
Les pensées, lorsqu'elles sont écoutées, se détendent à la manière de la corde d'un arc qui se relâche, et viennent mourir dans le silence qui les contient.
Les sensations, lorsqu'elles sont écoutées, se résorbent, à la manière d'un sucre qui se dissout dans une mer sans fin.
La conscience est ce qui contient le corps, les sensations, les pensées et les émotions.
La conscience de la conscience est méditation, sans qu'il y ait un quelqu'un qui soit conscient. On peut parler d'une auto-reconnaissance de la conscience, conscience consciente d'elle-même par nature et par identité.
L'habitude de chercher la joie dans l'objet au loin est remplacé par l'habitude de savoir que la joie ne se trouve qu'en celui qui la cherche.
Le mouvement de projection, excentrique, est remplacé par un mouvement d'introjection, concentrique.
Le regard se tourne vers le dedans et contemple ce qui le précède : conscience pure, sans témoin et sans moi.
Méditer est un acte de remémoration : remémoration de ce que je ne suis pas, remémoration de ce que je suis. Dans ce souvenir qui émerge dans une conscience endormie, réside la méditation, non pas en tant qu'acte, mais en tant qu'être.
L'unité dans la conscience est cela vers quoi tendent les expériences diverses traversées par un moi avide de se trouver. Le moi ne peut se trouver dans l'ailleurs. Il se trouve dans l'ici, présence sans moi, qui est le moi.
Par distraction, nous désignons le moi comme étant le corps ou le cœur, mais le moi ne se trouve ni dans le corps, ni dans le cœur. Il ne peut se trouver nulle part, car il est cela qui cherche. Le chercheur est le cherché.
Le mental arrivant au bout de sa course vient mourir dans la conscience qui le contient, à la manière d'une vague qui revient à la mer dont elle est issue.
Méditons sur la méditation libre du méditant, libre du besoin de méditer, libre d'elle-même.
La méditation est alors un vécu, complétude absolue.
" [Prenez] note que vous êtes rivé à votre usine de mots et de pensées, que la connaissance que vous avez de vous-même est seulement localisée dans votre cerveau frontal, et que, comme c’est là que vous vivez, il se produit une tension. Je vous ai dit de prendre conscience de ces tensions, de les accompagner et de vous détendre complètement. Dans cette détente, vous serez affranchi de toute tension cérébrale. Au lieu de vous percevoir dans votre tête, vous vous percevrez derrière, à la base de votre crâne. Là, toute l’énergie se trouve concentrée avant d’aller frapper le cerveau, avant de trouver les mots et d’ouvrir le dictionnaire pour chercher une juste formulation. Une fois que l’énergie est concentrée là, que vous la maîtrisez suffisamment pour qu’elle ne vienne pas affluer dans votre cerveau, vous en percevrez encore la localisation, mais derrière, pas dans le cerveau droit ou le cerveau gauche. Ce n’est qu’une transition, parce que l’énergie descendra dans votre cœur, c’est la dernière porte... "
" ...La première chose à faire est de s’affranchir de l’usine qui produit des pensées et qui est logée dans la partie frontale de la tête. Vous ne pouvez jamais combattre vos pensées. En les combattant, vous les alimentez, aussi libérez-vous de cette usine et fixez-vous temporairement derrière votre tête, à peu près au niveau du cervelet, vers la septième vertèbre cervicale, là où l’énergie est rassemblée. Vous verrez alors à quel point votre cerveau est totalement détendu, libre, ouvert. Cette fixation derrière votre crâne est seulement temporaire. Tôt ou tard, vous descendrez à votre cœur. Votre cœur est l’ultime porte, et quand vous passez cette porte, vous n’êtes nulle part, ni dedans ni dehors. Mais n’en faites pas une technique. "
Jean Klein extrait de " Transmettre la lumière " (p.56 et 98) le Relié Poche